Grain de Poivre du 30 octobre – Cecylia Rançon – La drague est-elle morte ?

Notre chroniqueuse réagit aux diverses accusations et autres dénonciations de harcèlement sexuel qui font l’actualité… Sommes-nous en route vers une guerre des sexes ?

 

 

Phare FM : Bonjour Cécylia, vous allez débuter cette chronique avec une petite devinette, une fois n’est pas coutume!

Chroniqueuse : Ceux de ma génération l’ont connu sous la forme d’une petite peluche adorable au bégaiement irrésistible …  Il est rose, il est tout mignon, on peut l’aimer dans son assiette, ou dans son milieu naturel… Avez-vous deviné ?

Phare FM : Ecoutez non… Je ne vois pas trop de qui ou de quoi vous voulez parler…

Chroniqueuse : Eh bien je veux parler du porc, cet animal au groin humide et à l’œil vif est très relayé dans la presse  malgré lui depuis 2 semaines. Je fais référence vous l’avez compris au hashtag “balancetonporc” qui a fait rage sur la toile depuis les révélations d’agressions  sexuelles  d’ Harvey Weinstein, ce célèbre producteur américain. Le pauvre animal (je parle du cochon bien sûr…) se retrouve au cœur d’une tourmente médiatique exacerbée qui s’amplifie,  il ne s’est pas passé pas une journée sans que son nom soit retweeté par des victimes de harceleurs présumés pour dénoncer l’inacceptable. Mais revenons-en à nos moutons ou à nos cochons devrais-je dire, car si la parole peut libérer pour la bonne cause, elle  a aussi ses limites.

Phare FM : Je vois où vous voulez en venir Cecylia, nous ne sommes jamais à l’abri d’accusations arbitraires…

Chroniqueuse : Accusations arbitraires car sans preuves. On ne peut pas passer à la trappe les conséquences que peuvent produire une telle libéralisation de témoignages anonymes. Loin de moi l’idée de minimiser les faits et de jeter le discrédit sur les victimes, et il y en a beaucoup trop, mais par pitié restons prudent. Outre les dérapages que cela peut provoquer, j’ai peur que le fossé entre les hommes et les femmes ne se creuse un peu plus.

Phare FM : Vous craignez une sorte de  guerre des sexes j’imagine ? D’autres voix dans les médias se sont élevées pour pointer du doigt ce travers.

Chroniqueuse : Voyez par vous-même Sandrine, les hommes ne savent plus comment faire avec nous, ils n’osent plus nous aborder par peur de  passer pour un goujat ou un harceleur. La bonne bonne vieille drague de rue à l’ancienne a été  remplacée par les sites internet où il devient moins risqué pour ces messieurs de courtiser une femme. Et cela me fait grand peine car je me dis que nous allons être condamnés, hommes et femmes, à nous rencontrer sur internet. Je les entends parler vous savez, j’entends leurs crainte, leur désarroi et leur peine d’être confondus avec des pervers ou des criminels car tous ne sont pas des porcs libidineux, non! Il est temps de remettre les pendules à l’heure.

Phare FM : la faute peut-être à une image fausse, hypersexualisée et dégradante que l’on donne à la femme depuis de nombreuses années, via la publicité par exemple…

Chroniqueuse : Oui Sandrine, cette publicité qui sert in fine… le grand capital ! Eh oui, on utilise le corps de la femme pour vendre! On nous fait croire que le sexe est en libre service et à disposition de tous alors qu’il n’a jamais été aussi compliqué de rencontrer quelqu’un ou du moins de construire une relation sérieuse. Alors avant de sombrer dans la dénonciation systématique et incontrôlée, je voudrais une dernière fois tirer la sonnette d’alarme pour qu’on ne se retrouve pas dans une société où la séduction sera bannie, puisque les hommes et les femmes n’oseront plus se regarder dans les yeux. Et s’il vous plaît Sandrine, laissons le porc tranquille, ce pauvre animal ne nous a rien fait.