Grain de Poivre du 06 septembre – Michèle Longour – Sélection universitaire, la solution ?

Michèle Longour, notre nouvelle chroniqueuse, nous parle du manque de places en université en France et de l’éventuelle instauration de pré-requis pour pouvoir y entrer… Bonne ou mauvaise idée ?

 

 

Phare FM : Le gouvernement français travaille en ce moment sur l’éventuelle instauration de pré-requis pour intégrer l’université : autrement dit, ce ne serait plus pour tout le monde ! On a beaucoup parlé des ratés du système d’orientation APB -Orientation Post-Bac- en 2017…

Chroniqueuse : Oui, la France est rattrapée par la réalité : d’abord sa démographie : le nombre d’étudiants est en augmentation depuis 2015 et les universités manquent tout simplement de places. C’est ce qui explique que plusieurs ont dû recourir au tirage au sort. Résultat : de très bons candidats ont été recalés… C’est un peu absurde!

Phare FM : Mais il y a aussi une autre absurdité pour vous…

Chroniqueuse : Oui ! L’université française est ouverte à tous les bacheliers, même ceux qui viennent des séries professionnelles, qui sont de plus en plus nombreux dans les licences générales où ils échouent massivement, parce qu’ils ne trouvent pas de place dans les formations de techniciens qui, elles, sont sélectives. De ce point de vue, la France fait vraiment exception : en Belgique par exemple, les lycéens qui ont pris la voie professionnelle, le CESS professionnel, n’ont accès qu’aux formations supérieures courtes et pas aux licences générales.

Phare FM : Et vous pensez que la mise en place d’une sélection à l’entrée à l’université serait de nature à résoudre tous ces problèmes ?

Chroniqueuse : Oui, en partie. Les universités françaises devraient exiger des pré-requis, pour s’assurer que les étudiants qu’elles acceptent ont le profil nécessaire pour réussir. Cela devrait donc limiter l’échec, mais encore faut-il que la France crée de nouvelles formations attractives pour les bacheliers professionnels qui n’auront pas ces pré-requis. C’est tout le problème français où les études longues ont toujours été considérées comme le modèle de réussite par excellence. Alors que dans un pays comme la Suisse, 70% des jeunes vont vers la voie professionnelle supérieure, qui offre d’excellents débouchés dans l’industrie suisse. Et là il me semble que les familles ont aussi leur rôle à jouer.

Phare FM : Que peuvent-elles faire ?

Chroniqueuse : D’abord, mieux accompagner leurs jeunes en amont. En France, quand un jeune n’a pas de problème durant sa scolarité, on lui dit “passe ton bac, on verra plus tard”… Alors qu’il faudrait sans doute l’aider beaucoup plus tôt à découvrir ses talents ou ses centres d’intérêt. Et puis, on ne peut plus enfermer les adolescents dans un modèle unique de réussite, il faut les ouvrir au contraire à une multitude de possibles et les aider à rebondir s’ils échouent aux portes d’une formation, en leur montrant qu’il y a beaucoup d’autres portes qui peuvent s’ouvrir. Le monde a besoin de toi, alors ne crains pas… C’est le message le plus important à transmettre, me semble-t-il, si nous avons des jeunes autour de nous.