Grain de Poivre du 06 juillet – Eric Lemaitre – L’accès à la PMA pour les femmes seules et les couples de femmes

L’accès à la PMA pour les couples de femmes et les femmes sans enfant, une dérive éthique ? Ecoutez l’avis de notre chroniqueur.

 

Phare FM : Le Comité National d’éthique a donc rendu un avis favorable sur cette question d’ouverture à la Procréation Médicalement Assistée aux couples de femmes et aux femmes seules… Quelle opinion formulez-vous, Éric,  sur cet avis rendu par le comité National d’Éthique ?

Chroniqueur : Sandrine, en premier lieu j’ai envie de formuler un avis sur le Comité National d’Éthique, dont on pourrait penser que sa première fonction est de réfléchir aux curseurs, aux limites, qu’il convient de donner aux progrès scientifiques et techniques. Mais voilà, l’avis alambiqué de ce comité national consisterait plutôt à accompagner le progrès, et finalement à permettre à la science de s’ingérer dans la filiation. Les avis du CCNE sont seulement consultatifs, mais ici sa position est une forme de « carte blanche » accordée pour une légalisation de la Procréation Médicalement Assistée, au profit des femmes célibataires et des couples de femmes.

Phare FM : Dites-moi Éric, est-ce un avis unanime du Comité National d’Ethique ?

Chroniqueur : Les médias ont rapporté l’avis du CNE, donnant le sentiment que cette consultation était unanimement partagée. Or la réalité est toute autre : la position du Comité National d’Éthique n’est pas consensuelle. Pour certains membres du comité, l’ouverture de la PMA est une rupture d’égalité entre des enfants délibérément privés de père par un système de PMA et les autres. Pour ceux parmi les membres du CNE qui se sont opposés à la PMA, l’enjeu est plutôt de montrer les conséquences pour l’enfant privé de la filiation d’un père, et les perspectives d’une marchandisation du sperme, voire d’une forme d’eugénisme. En revanche, pour une autre partie des autres membres du CNE, l’avis consultatif est cette fois-ci plus tranché : « l’ouverture à la PMA doit s’inscrire dans une revendication légitime de liberté et d’égalité dans l’accès aux techniques médicales pour répondre à un désir d’enfant ».

Phare FM : Pouvez-vous, Éric, nous éclairer sur les réserves qui ont été formulées vis-à-vis de la PMA ?

Chroniqueur : Oui. Permettez-moi de citer Caroline Roux, coordinatrice des services d’écoute d’Alliance VITA, qui déclarait récemment ceci : « Comment le CCNE peut-il à ce point être déconnecté de cette réalité ? La PMA sans père inflige une double peine aux enfants : à la maltraitance originelle de se voir privés délibérément de leurs origines biologiques, s’ajoute celle d’être coupés de toute relation paternelle. Sans compter qu’ouvrir le recours à la PMA sans raison médicale, c’est ouvrir la porte à toutes les revendications sociétales et individuelles de « droit à l’enfant », y compris de la GPA pour les hommes, que le CCNE refuse pour le moment « .

Phare FM : Précédemment Éric vous évoquiez le terme d’eugénisme, qu’est-ce que c’est, et quel est le lien avec la PMA ?

Chroniqueur : Vous savez Sandrine, la société néolibérale que nous connaissons offre des possibilités de dérives morales, et le monde consumériste et technique dans lequel nous évoluons est une fabrique possible de bébés OGM. Forcément, il faut s’attendre à ce que les mères qui ont des désirs d’enfants aillent sur des « catalogues de spermes » pour connaître l’origine des donneurs, et souhaiter via ce « catalogue » obtenir le sperme d’un donneur sans défaut. Au Danemark, la Procréation Médicalement Assistée est ainsi devenue un marché. Sur un grand nombre de sites internet, des clientes en mal d’enfants peuvent ainsi dénicher le géniteur idéal, et commander en ligne. Nous assistons de fait à l’avenir d’une société eugéniste -partisane d’une sélection génétique sur les êtres humains-, où un père fantôme vivrait de ses centaines de progénitures, d’enfants qui plus tard seraient en quête d’identité, d’origine, mais qui ne pourraient pas faire taire cette souffrance, identique à celle que vivent partout dans le monde, des orphelins qui ignorent d’où ils viennent.