Grain de poivre du 28 juin – Frank Lafferrière – C’était mieux avant ?

« C’était mieux avant » ? Pas sûr. Notre chroniqueur revient en arrière, dans les années 70, qu’il a personnellement vécu… Tour d’horizon.

 

Chroniqueur : Il y a 40 ans, en 1977, je cumulai les acquisitions du permis de conduire et du baccalauréat, tous deux symboles d’une vie nouvelle emprunte de liberté, d’exaltation et d’insouciance. Pendant ce temps, le monde n’allait pas si bien que ça. Avec les séquelles des chocs pétroliers comme arrière-plan, l’hémisphère sud, de l’Afrique à l’Amérique, était en proie à des conflits sur fond de dictatures et de guérilla. L’apartheid en Afrique du sud, la guerre violente en Asie entre Vietnam et Cambodge et l’affaire des euromissiles n’arrangeaient rien. Le Liban était en ruines et seul un espoir de paix bourgeonnait entre Israël et l’Égypte, prélude aux accords de paix signés des mois plus tard. Et l’inventaire est loin d’être complet, faute de temps pour entrer dans les détails des préludes à la chute du bloc de l’est et de la mutation de l’économie mondiale.

Phare FM : Pas très réjouissant tout ça ! Pourquoi choisir précisément de nous parler de cette année 1977 ?

Chroniqueur : Simplement parce que l’ouverture des quatre décennies à venir allait chambouler le monde.

Phare FM : Comment cela ?

Chroniqueur : Imaginez un monde sans internet ni téléphone portable et sans réseaux sociaux, où les moyens d’information se réduisaient aux seuls journaux (papier, radio et télévision) et les moyens de communication au courrier et au téléphone. Ces bouleversements d’information et de communication ont eu pour effet bénéfique d’ouvrir, par la connaissance, une ère plus tolérante. Mais chaque médaille a son revers… Trop d’info tue l’info, en d’autres termes la  saturation d’informations implique l’accoutumance et la banalisation, d’où découlent une baisse de l’analyse et une tolérance excessive. Et c’est là que je vais en revenir à mon baccalauréat.

Phare FM : Qu’avait-il de si spécial ?

Chroniqueur : Son sujet de philo ! « Admettre qu’il y a de l’intolérable, est-ce cesser d’être tolérant ?  » Et bien je dois dire que démarrer ma « vie d’adulte » sur ce genre de réflexion m’a marqué.

Sous le légitime souci de tolérance à l’égard de ceux qui faisaient, ou font encore l’objet de discrimination voire de persécution, peut-on laisser indéfiniment s’élever notre niveau de tolérance au point de tout laisser faire et de voir nos valeurs compromises ? « Examinez toutes choses, retenez ce qui est bon » dit Paul dans la bible. A l’image de la liberté individuelle qui s’arrête où commence celle de l’autre, la tolérance ne peut pas être infinie, quitte à passer pour intolérant aux yeux de ceux qui veulent nous imposer d’autres valeurs.

Phare FM : Si je vous suis bien en matière d’intolérance, c’est celui qui le dit qui l’est ?

Chroniqueur : Hélas, c’est souvent le cas et il faut se méfier de passer d’un excès à l’autre, de peur que le balancier ne revienne à son point de départ, ce que le coup d’œil dans le rétro de ces quarante dernières années ne nous a que trop montré.

Pour conclure, je re-citerai Paul qui disait « …tout est permis mais tout n’édifie pas. » ; édifier signifie construire : tout ne construit pas. Où en est notre construction intellectuelle ? Les futurs vacanciers prudents vont vérifier les niveaux de leurs véhicules… Où en est notre niveau de tolérance ?

Ces vacances qui s’annoncent vont, je nous le souhaite, nous permettre de nous sortir du quotidien, qui laisse peu de temps à la réflexion. Ne serait-ce pas le bon moment pour réfléchir à des questions essentielles : quelles sont nos vraies valeurs ? Les respectons-nous ? Jusqu’où sommes-nous tolérants ? Assez ? Trop ? Trop peu ?

Que verrons-nous dans le rétro quand nous repenserons à … cette année là ?

Vous avez quatre semaines, bonnes vacances !