Grain de Poivre du 16 juin – Jean-Yves Peter – Religion, un mot qui ne veut rien dire

Ce mot, qui dernièrement a tristement fait l’actualité, n’a pas lieu d’être pour notre chroniqueur. Explication et analyse.

 

 

Phare FM : Vous voulez nous parler aujourd’hui d’un mot fréquemment entendus ces derniers temps, malheureusement pas pour la bonne cause… Et selon vous, ce mot ne veut rien dire ! De quoi s’agit-il ?

Croniqueur : Il s’agit du mot « religion ». Et si ce mot ne veut rien dire, c’est parce que les réalités concrètes qu’il recouvre, ce qu’on appelle « les religions », n’ont en fait rien à voir les unes avec les autres.

Phare FM : Ah bon ? Expliquez-nous cela.

Croniqueur : Quand on entend le mot « religion », on pense tout de suite au mot « dieu ». En fait, on dit qu’il y a religion dès lors qu’il est question de dieu, au singulier ou au pluriel… Eh bien, si le mot religion ne veut rien dire, rien de concret, c’est parce que les dieux des diverses « religions » n’ont rien à voir les uns avec les autres.

Phare FM : Par exemple ?

Croniqueur : Prenons les religions qui nous viennent à l’esprit, celles qui sont le plus présentes dans notre société et notre actualité : le christianisme et l’islam. Pour le christianisme, Dieu, qui était une autorité dominante, le dieu d’une promesse certes, mais une promesse conditionnée à des commandements écrasants et menaçants, ce Dieu s’est fait homme avec les hommes. Au lieu de dominer les hommes, de les commander d’en haut, il s’est fait solidaire de leurs faiblesses ; au lieu de punir, il est venu pardonner et accomplir lui-même ce qu’il commandait. Là où les hommes n’ont pas été fidèles, il a été fidèle pour eux, jusqu’au bout. Ce Dieu, c’est Jésus. Pour la foi chrétienne donc, Dieu n’est pas seulement au-delà : il est aussi là, avec nous, non pas comme une exigence, mais comme un guide et un compagnon.

Phare FM : Et qu’en est-il pour l’islam ?

Croniqueur : L’islam rejette l’idée que Dieu se soit fait homme parmi les hommes, solidaire de notre condition, jusqu’à la mort. Pour l’islam, une telle affirmation est indigne de dieu, elle est de l’ordre du blasphème. On ne mêle pas la pureté et la perfection de dieu avec les impuretés et les faiblesses de l’humanité. L’islam réaffirme que dieu est celui qui commande et que le croyant est celui qui doit obéir, et qui sera récompensé selon son obéissance. Dieu est en haut, nous sommes en bas, et c’est au croyant de s’élever jusqu’à dieu parce que dieu ne s’est pas abaissé et ne s’abaissera pas à nous rejoindre. Alors, quel est le problème du mot religion ? On entend bien que regrouper sous une même appellation deux convictions aussi différentes, et même divergentes, cela ne veut rien dire et ne peut que masquer la réalité. Soit on croit que Dieu s’est fait homme, soit on croit que c’est inconcevable. Ça n’a rien à voir. Et il en va de même des autres grandes « religions », nous n’avons pas le temps de parler…

PhareFM : Le problème du mot « religion », c’est donc d’amalgamer des convictions complètement incompatibles, ce qui rend incompréhensibles les violences dites « religieuses » qui agressent aujourd’hui notre humanité.

Croniqueur : Si l’on considère les choses à partir du mot « religion », on se dit : « Mais pourquoi les hommes se battent-ils ainsi au nom de dieu ? » Et cette question reste sans réponse, parce que le dieu des religions n’existe pas. La religion, ça n’existe pas. Alors en réponse, on rejette en bloc la religion, c’est-à- dire quelque chose qui n’existe pas. C’est ce qui s’appelle être victime de l’ignorance, une ignorance entretenue par un non-sens. Qu’est-ce qui existe, alors ? Ce qui existe, c’est le bouddhisme, le judaïsme, le christianisme, l’islam, etc., et aussi l’athéisme d’ailleurs. Il vaut mieux employer ces appellations précises et concrètes plutôt que se laisser aveugler par une généralité convenue et menteuse, et aussi se documenter sur les principes et convictions propres à chaque religion, pour comprendre… Je sais que cela représente un petit effort, mais ça en vaut la peine, car comprendre, c’est déjà ne plus subir.