Grain de Poivre du 14 juin – Frank Lafferrière – Obscurantisme religieux & excès de la révolution sexuelle

Pour notre chroniqueur, il existe un vrai quiproquo concernant le sexe et l’éducation qu’on en reçoit. Explications.

 

Chroniqueur : Depuis près de dix siècles, l’Homme occidental vit faussement sur un  quiproquo à propos du sexe. De cette erreur, entre obscurantisme de certains religieux et excès de la révolution sexuelle quant aux pratiques  l’équilibre est dur à trouver.

Phare PM : Quelle est l’origine de ce quiproquo  alors ?

Chroniqueur : Il s’agit, à mon  sens, d’une mauvaise interprétation du 3ème chapitre de la Bible,  où  Eve puis Adam , sous l’influence du serpent,  mangent le « fruit défendu ». Le serpent y est défini comme rusé, et l’Homme, après avoir consommé le fruit, a connaissance qu’il est nu et se cache. Or, en hébreu, les mots  traduits par « rusé » pour le serpent et « nu » pour l’homme sont très proches. A tel point que le mot donnant « rusé » en français peut aussi  être traduit par « dénué » (de scrupules) : « dénué », « nu »… même en français il y a proximité. Ceci amènera certaines traductions de la Bible à utiliser le même mot pour les deux, donnant à la faute originelle un sens différent.

Phare PM : Faut-il comprendre que les religions ont basé sur un malentendu leurs enseignements concernant le sexe ?

Chroniqueur : Oui. En partant des enseignements des moines du XIIème siècle, ou de leur détournement, s’est glissé dans la  croyance populaire la notion de faute originelle associée au sexe, par l’expression « pêché de chair ».

Comment croire que le Dieu amour de la Bible aurait le sadisme d’interdire le plaisir sexuel à une création qu’il a équipé pour ?

De plus, si l’acte sexuel ne servait qu’à la reproduction, comme l’enseignent encore certains, la femme ovulerait à chaque rapport sexuel comme d’autres mammifères, le lapin, par exemple. Et puis, dans le langage usuel, l’être humain ne copule pas, il « fait l’amour ».

Dans la même Bible, du roi Salomon à Paul, les choses ont le mérite d’être claires ; le premier incite son fils à jouir de la vie ou à prendre du plaisir avec la femme qu’il aime, quand au second, il préconise aux couples de ne pas se priver l’un de l’autre, sauf pour vaquer à la prière.

Pour résumer, il n’y a pas que l’amour dans la vie, il y a aussi le sexe, en bonus.

Phare PM : Et du côté de la science ?

Chroniqueur : Il y a une substance, l’ocytocine, également appelée hormone du plaisir ou de l’attachement, que l’on retrouve dans le rapprochement amoureux ; on  note aussi sa présence lors de l’accouchement et de l’allaitement. C’est une explication physiologique du plaisir sexuel, apothéose de l’amour dans le couple. Ça « pimente » la vie de couple.

L’adrénaline, bien connue des sportifs et amateurs d’émotions fortes, vient se faire passer pour de l’ocytocine dans les rapports sexuels sans amour. L’acte sexuel devient une performance sportive et le ressenti est comparable à celui éprouvé par le sprinter qui franchit la ligne le premier ou le rugbyman qui marque un essai.

Dans le premier cas, c’est l’harissa sur le couscous, dans le deuxième c’est l’harissa sans le couscous. Nourrissez-vous uniquement de cette délicieuse sauce pimentée et vous viendrez me décrire l’état de votre métabolisme.

Phare PM : Elle est importante cette différence ?

Chroniqueur : Primordiale même ! Autant l’ocytocine va aider à se recentrer sur les corps, la prise de temps, créer ensemble au lieu de chercher la performance, autant l’adrénaline va de plus en plus réclamer sa part d’intensité, fut-ce au prix du stress généré par le désir d’exploit.  La quête des « sportifs sexuels » n’est basée que sur l’adrénaline, qui se transforment en dérisoires marathoniens de l’orgasme, avec tout ce que cela implique : entraînement, frustration de la contre performance etc. .

Phare PM : C’est une histoire de choix finalement…

Chroniqueur :  Oui, mais attention à l’exemple donné aux générations qui viennent !

L’éducation est le fait des parents et non de l’institution. Tant que l’éducation sexuelle des enfants se fera hors du dialogue familial, on risquera de voir de plus en plus l’acte sexuel amoureux dénaturé. C’est déjà le cas avec l’exposition toujours plus précoce des enfants à la pornographie via internet, et aux publicités diffusées à toute heure pour préservatifs qui assurent l’orgasme. La conséquence est que dans l’ouragan hormonal de la puberté, ils risquent de prendre pour de l’amour ce qui n’en est que le bourgeon pour passer à l’acte trot tôt et s’en retrouver frustrés ou pire encore, blasés.

Phare PM : Que faire pour éviter ça ?

Chroniqueur : Prendre pour devise ce que Evan Evans (Louis de Funès dans l’Homme-Orchestre) dit à son neveu : « Quand tu fais lalalaa la la, pense aux conséquences ».

Entre adrénaline ou ocytocine, bon choix à tous !