Grain de Poivre du 13 juin – Daniel Rivaud- Combat contre la mort programmée

Peut-on véritablement « mourir dans la dignité » ? Pour notre chroniqueur, cela ne veut rien dire… Il nous explique son point de vue en revenant sur un fait divers suisse pas banal.

 

Phare FM : Nouveau rebondissement en Suisse dans l’affaire de ses 2 frères qui ont attaqué Exit (association œuvrant pour le suicide assisté) suite à la mort de leur frère. Les deux hommes, qui voulaient l’empêcher de mettre fin à sa vie, continuent leur combat en justice. Le 29 mai, ils ont relancé la procédure par un recours contre une ordonnance du tribunal. Est-ce que l’on peut parler d’une prise de conscience ?

Chroniqueur : Difficile à dire. Car nous ne connaissons pas les motivations profondes de ses 2 frères. Mais aucun doute que des histoires comme celle-là nous interpellent sur la société que nous voulons. Pour Bertrand Kiefer, médecin, rédacteur en chef de la Revue médicale suisse, « les demandes d’Exit nous obligent à aborder la question de la vieillesse et la place culturelle que nous lui accordons. Elle est associée à un sentiment de déchéance dans un monde valorisant la jeunesse, la performance et la beauté ; l’humain est de plus en plus ramené à un produit qui doit être de bonne qualité. On nous répète d’ailleurs que le but est d’assurer une « qualité de vie » aux personnes âgées. Non, il faut surtout les aider à trouver un sens à leur vie, d’autant plus dans un système déshumanisé à bien des égards. Le véritable danger serait d’installer une culture allant dans ce sens. Nous devons éviter que les personnes qui n’optent pas pour ce choix subissent une pression en intégrant le discours qu’avec l’âge, on devient inutile.” 

Phare FM : Avec donc l’idée sous-jacente qu’il faut pouvoir mourir « dans la dignité » ?

Chroniqueur : Oui, c’est exactement cela. D’ailleurs cette expression « mourir dans la dignité » est une invention des mouvements en faveur de l’euthanasie et du suicide assisté, abondamment reprise par les médias, qui entretient cette pensée que nous pouvons perdre notre dignité. Or, qu’est-ce qui nous donne notre dignité en tant qu’êtres humains ? Est-ce que c’est ce que nous faisons, ou ce que nous sommes ? N’est-ce pas « ce que nous sommes » ?

On retrouve cette même interrogation dans toutes les questions touchant au début de la vie et à la fin de vie, mais également au handicap, à la marchandisation du corps humain, etc.

Phare FM : Mais est-ce qu’on ne touche pas là à la liberté de chaque être humain ?

Chroniqueur : Bien sûr que non Sandrine ! Il n’appartient pas à un individu, quel qu’il soit et quelle que soit sa situation, de définir ce qui relève de la dignité humaine, ni pour lui-même, ni pour la société tout entière. C’est dans ce sens qu’ont été énoncées, de tout temps, des règles pour protéger l’humain de son semblable. Dans une affaire récente en Allemagne, le débat sur l’assistance au suicide (qui est toujours interdit dans ce pays) a été relancé par un arrêt enjoignant l’Agence allemande du médicament de permettre, dans certains cas, à des patients incurables en fin de vie d’obtenir un médicament létal pour abréger leurs souffrances.

Le tribunal administratif fédéral avait en effet déclaré que « tout individu bénéficie d’un ‘droit à l’autodétermination’ garanti par la Constitution ». Mais ce droit ne s’appliquerait que « dans des situations désespérées ; sans issue thérapeutique possible, et uniquement lorsque le patient exprime clairement sa décision », ramenant une fois de plus une décision de mort à celle d’un individu.

Phare FM : Mais pourquoi cette judiciarisation, et par voie de conséquence, cette légalisation en faveur de la mort ?

Chroniqueur : Parce que ce qui devient légal devient moral. C’est le triste constat de nos sociétés où nous avons inversé l’ordre logique des références pour définir nos repères. Malheureusement, dans beaucoup de cas, ceux-ci conduisent vers la mort. L’interpellation de Dieu dans la Bible reste toujours d’actualité : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité. » Puissions-nous encore l’écouter.