Grain de Poivre du 12 juin – Pascal Portoukalian – Si Dieu existe, ne cherchons pas à le limiter

On s’est tous imaginé, que l’on y croit ou pas, ce que pourrait être Dieu s’il existe… Pour notre chroniqueur, on peut vite se faire enfermer dans des idées toutes faites, et c’est dangereux ! Explications.

 

Phare FM : Aujourd’hui vous avez envie de nous parler des limites dans lesquelles souvent les gens ont tendance à enfermer Dieu.

Chroniqueur : J’avais envie de parler spécifiquement de la personne de Dieu, en partant du présupposé qu’il existe. On pourrait aussi réfléchir à la question de savoir si Dieu existe, mais ce n’est pas le sujet de mon intervention. Le sujet est plutôt : « Si Dieu existe, alors ne cherchons pas à le limiter. » Avec ma petite expérience de 20 ans de vie chrétienne, je n’ai certainement pas tout compris de la personne de Dieu, loin de là. Pourquoi ? Parce qu’il est impossible à quiconque d’en faire le tour, et de le définir dans des limites.

Phare FM : Qu’est-ce qui vous amène à dire ça ?

Chroniqueur : Eh  bien j’ai eu envie de vous parler de ça suite à une rencontre très récente. Je dînais avant-hier avec un jeune homme, qui me disait : « je n’ose pas te dire comment j’ai rencontré Dieu, parce que la plupart des chrétiens à qui je raconte mon histoire me disent que ce n’est pas vrai, que Dieu ne peut pas se révéler comme ça, et pourtant, moi je sais bien ce que j’ai vécu ! ». Alors je lui ai demandé de me le dire. Il me répond, qu’il avait eu une éducation un peu chrétienne, puis qu’il avait tout plaqué, pour partir assez loin, dans les drogues notamment. Et il a finalement accepté et reconnu l’existence de Dieu après avoir consommé des champignons hallucinogènes. Ce jour-là, pendant 2 heures, il dansait de joie parce qu’il avait compris que Dieu existait et qu’il l’aimait. Mais c’est moi que ça fait halluciner ! J’hallucine complètement de voir que Dieu aime sortir de nos repères. C’est comme s’il nous disait : « alors, tu vas finir par l’admettre que c’est moi le boss ? que tes petites limites ne m’atteignent pas ? »

Phare FM :Ca peut paraître déconcertant, en effet ! Ce n’est pas vraiment là qu’on l’attendrait !

Chroniqueur : Des gens entrent en relation avec Dieu très simplement, dans le secret de leur chambre. Mais il peut se révéler aussi de manière tout autre : un de mes amis a rencontré Dieu alors qu’il était au bord du suicide après un séjour en prison. Et cette manière dont Dieu se révèle n’a ni plus ni moins de valeur que n’importe quelle autre. Mettre des échelles de valeurs serait de dire à Dieu ce qu’il a à faire. Et par là même, ce serait nous mettre en position de supériorité par rapport à Lui.

Dans le cadre d’une interview en mars dernier, j’avais demandé à Brian Head Welch, le guitariste du groupe de métal Korn, le message qu’il avait à transmettre aux chrétiens. Il m’a répondu : « Ne mettez jamais Jésus-Christ dans une boîte. Il est doux, précieux et pur, mais aussi sauvage et imprévisible. On n’apprivoise pas le Christ. Il est comme un lion qu’on ne peut mettre en cage, un feu qu’on ne peut éteindre. Il ne veut pas que les gens le laissent dans la boîte qu’on appelle église ! »

Phare FM  : Ne pas l’enfermer dans l’église, d’accord. Mais Pascal, est-ce que vous pensez néanmoins qu’il pourrait y avoir entre guillemets une « bonne théologie » ? Une manière irréfutable de comprendre la personne de Dieu ?

Chroniqueur : Bien malin celui qui pourra le dire. Quand on a la chance comme moi d’être au contact de différents milieux, on est un peu déconcerté. Ou émerveillé c’est selon. On attend Dieu dans les églises évangéliques ? Ah, voilà qu’on va le trouver dans un rassemblement catholique. On l’imagine dans une église ? Surprise, le voilà dans une prison ! On s’imagine que telle personne est l’archétype du « bon chrétien » ? Et voilà que Dieu s’exprime à travers des repris de justice. Je trouve ça énorme que Dieu puisse renouveler et adapter sans cesse sa manière de se révéler.

Phare FM : Vous voulez dire qu’on a tendance à trop le restreindre ? Mais est-ce que ce n’est pas dû au fait qu’en tant qu’être humain, nous sommes limités et que donc nous ne pouvons avoir qu’une compréhension limitée ?

Chroniqueur : Bien sûr, vous mettez le doigt sur une des clés du problème. Chacun doit se dépatouiller avec ses limites humaines. Mais avoir soi-même des limites ne doit pas nous amener à croire que tout en a. Tout n’est pas fait de la même pâte que nous. Dans quelques jours, va sortir le DVD du film « La Cabane ». Ce que je trouve extraordinaire dans une histoire comme celle-ci, c’est cette manière de casser complètement les codes que l’humain a mis autour de la personne de Dieu, mais qui ne correspondent à aucun fondement réel. Sans révéler toute l’histoire, dans La Cabane, Dieu est représenté sous la forme d’une femme noire. Est-ce que Dieu est une femme noire ? Non ! Pas plus qu’il n’est l’homme blanc que mes schémas culturels m’ont amené à croire qu’il était. Je trouve ça passionnant de se dire que, non, les représentations qu’on se fait de Dieu ne sont pas exactes. Casser les codes, non pas pour le plaisir de casser, mais pour montrer qu’il est bien plus grand que notre compréhension et nos raisonnements humains, je crois que Dieu adore ça !