Grain de Poivre du 05 mai – Philippe Malidor – « En démocratie, il ne faut pas hurler avec les loups »

Notre chroniqueur nous parle cohésion des citoyens et cohérence politique… En ces temps de « moralisation » de la vie politique, difficile de savoir dans quel camp se ranger -ou à quel saint se vouer… Explication.

 

Phare FM : Philippe, il paraît qu’aujourd’hui vous avez envie de hurler avec les loups. Seriez-vous atteint de lycanthropie -vous vous transformez en loup-garou- ?

Chroniqueur : Peut-être, oui. Et cela, je le dois à Richard Ferrand, le nouveau Ministre de la Cohésion des Territoires qui, le 31 mai sur une grande radio nationale, a dit ceci : « En démocratie, il ne faut pas hurler avec les loups. »

Phare FM : Et qu’est-ce qui vous dérange dans cette déclaration ?

Chroniqueur : Ce qui me dérange, c’est que ce monsieur, pris dans des histoires de conflits d’intérêts familiaux et immobiliers, est en train de compromettre la cohésion… des citoyens. Alors, évidemment, comme presque tout le monde lui tombe dessus, il dit qu’il ne faut pas hurler avec les loups, c’est-à-dire se ranger parmi les rares personnes qui le défendent encore.

Phare FM : N’a-t- il pas raison sur le principe ?

Chroniqueur : Sur le principe, oui. En pratique, c’est ce que nous allons voir. Il y a quand même une enquête préliminaire qui vient d’être ouverte sur les comportements de M. Ferrand. Et le petit couplet du « Moi ? qu’est-ce que j’ai fait ? », si bien illustré dans les affaires de François Fillon (qui sont en cours d’instruction) commence à exaspérer les gens, surtout en ces temps de moralisation de la vie publique à laquelle préside M. Bayrou au Ministère de la Justice.

Phare FM : Vous avez d’autres exemples pour défendre votre thèse ?

Chroniqueur : En Suisse, j’avais un ami –qui est toujours un ami ! –qui prenait systématiquement le contre-pied de l’opinion générale, justement parce que c’était l’opinion générale. Ainsi, au début des années 2000, c’était bien le seul que je connaissais qui prenait la défense de George W. Bush ! On a vu, depuis, la bêtise, l’absence de cœur et le mépris des Droits de l’Homme de ce médiocre personnage ! Il est vrai que, depuis, Donald Trump montre qu’on peut faire pire. Mais peut-être hurlé-je avec les loups en disant ça ?

Phare FM : Allez ! encore un autre exemple ?

Chroniqueur : Oui, et celui-ci m’a définitivement détourné d’un homme par ailleurs très estimable, Jean Lassalle. De retour d’une mission parlementaire en Syrie, il est revenu de ce pays martyrisé avec une très curieuse et subite mansuétude envers Bashar Al-Assad, dont on ne peut pourtant plus douter que, en tant que dirigeant, il a une énorme et directe responsabilité dans le massacre de son propre peuple.

Phare FM : Est-ce que, justement, nous n’aurions pas besoin de prophètes ?

Chroniqueur : Oh si ! Mais par définition, ils sont rares. Ce que je voulais dire, c’est que ce n’est pas parce qu’une opinion est rare qu’elle est nécessairement bonne. Savez-vous qu’il y a eu un homme, dont la femme est pasteur protestante, qui a écrit un livre pour prendre la défense de DSK après l’affaire du Sofitel ? Inutile de dire que la suite a démontré qu’il n’était pas prophétique !

Phare FM : Mais avez-vous un exemple de vrai prophète ?

Chroniqueur : Je vais en citer un (mais il y en a d’autres). En ce qui concerne les dictateurs, dans les années 30, rares étaient les Allemands, y compris les chrétiens, pour discerner que Hitler était un ennemi du genre humain. Là, il y a eu des gens qui hurlaient, pas avec les loups, mais tout seuls. Ce sont des prophètes, comme le fut le pasteur Dietrich Bonhoeffer qui fut un des rares luthériens à dénoncer Hitler dès 1933. Et il le paya de sa vie.