Grain de Poivre du 23 mai – Guillaume Bourin – Le cas Francis Heaulme

Notre chroniqueur est interpellé par la condamnation du tueur en série Francis Heaulme. Sa réflexion nous invite à nous poser des questions personnelles… Sur notre propre culpabilité. Explications.

 

Phare FM : Guillaume cette semaine vous réagissez à la condamnation de Francis Heaulme, dans l’affaire des meurtres de Montigny-les-Metz… Ce n’est pas la première fois que vous nous parlez de meurtres horribles dans cette chronique, ça vous fascine particulièrement ?

Chroniqueur : Oui, vous savez bien que je m’intéresse aux parcours chaotiques et aux drames humains. Alors vous vous doutez bien qu’un tueur en série va stimuler ma réflexion !

Phare FM : C’est-ce pas un peu morbide tout ça Guillaume ?

Chroniqueur : Je ne le pense pas ! Il est vrai qu’il existe chez certains une sorte de fascination pour les tueurs en série. J’étais par exemple frappé d’apprendre que nombreuses femmes correspondaient avec Guy Georges, le « tueur de l’est parisien », depuis son incarcération. Même l’expert psychiatre chargé de l’évaluer semble être tombé sous « son charme ». Rien de tout cela me concernant : Francis Heaulme est un meurtrier cruel, moralement et pénalement responsable, et je n’ai aucune fascination particulière pour lui. Par contre, je m’intéresse encore et toujours à ce qui pousse un individu lambda à violer ou à tuer.

Phare FM : Alors justement, qu’est-ce qui a conduit Heaulme à tuer ?

Chroniqueur : Difficile à dire… L’homme parle peu, et souvent par des énigmes que les enquêteurs reconstituer. Heaulme a eu une enfance difficile, violemment battu par son père et par certains des camarades, mais il vouait une admiration sans borne à sa mère. Celle-ci va mourir d’un cancer en 1984, le même jour que Gregory Villemin -le « petit Gregory ». Il semble que Francis Heaulme était déjà alcoolique et déséquilibré depuis l’adolescence, mais c’est trois semaines après la mort de sa mère qu’il commence à tuer. Peut-on résumer les causes de son parcours à ces événements ? J’en doute. Mais ses expériences d’enfant et d’adolescent ont certainement marqué au fer rouge sa personnalité. Quand on lit ses maigres confessions, on a le sentiment d’un homme accablé d’une frustration et d’un désespoir profonds, ce qui bien sûr n’atténue en rien sa responsabilité.

Phare FM : Que faut-il en conclure, du coup ?

Chroniqueur : La mention des meurtres de Francis Heaulme produit en nous un sentiment de dégoût mêlé d’horreur. Mais réfléchissons un instant : n’avons-vous jamais « tué » quelqu’un dans notre cœur ? Très récemment, une dame âgée me disait : « combien de fois ai-je eu la pensée de tuer ceux qui m’ont fait du mal… Heureusement ce ne sont que des pensées ! » Cette brave dame a le mérite d’être honnête, mais qu’en est-il de nous ? On peut se poser la question… 
Dans la Bible, Jésus donne un critère d’évaluation encore plus incisif à ce sujet : « si quelqu’un dit racca (fou, abruti) à son frère, c’est un meurtrier ». Dans un certain sens, nous sommes tous « des Francis Heaulme » en puissance. Fort heureusement nous ne passons pas à l’acte ! Mais la juste condamnation que nous portons sur les actes de celui qu’on appelle « routard du crime » est aussi un verdict sur notre propre cœur… Sommes-nous prêts à reconsidérer notre échelle de valeur et la manière dont nous jugeons, du coup ?