Grain de poivre du 16 mai – Daniel Rivaud – L’infertilité en augmentation chez les couples

Des chercheurs de Rotterdam ont dénoncé récemment la rapidité avec laquelle on diagnostique qu’un couple est infertile, et le mercantilisme qui y est lié. Pour notre chroniqueur, qui se joint à eux par cette chronique, il est temps de faire attention aux dérives éthiques. Explications.

 

Phare FM : Dans un éditorial publié récemment, des chercheurs du centre médical universitaire Erasmus à Rotterdam dénoncent la rapidité avec laquelle le diagnostic d’infertilité est posé, et le mercantilisme existant autour de sa prise en charge. Pourtant on assiste véritablement à une baisse de la fertilité chez les couples. Alors où est le problème ?

Chroniqueur : En fait, Sandrine, il y a plusieurs facteurs à prendre en compte. Oui, il y a un réel problème dans l’augmentation de l’infertilité des couples et ce problème touche toutes les catégories sociales dans nos pays occidentaux, y compris les chrétiens. On n’est plus aujourd’hui dans une perspective ancienne/ancestrale où la stérilité était liée à une malédiction. On ne dispose pas de chiffres historiques fiables sur la stérilité en Europe, mais on sait qu’au Canada par exemple, on comptait 5,4 % de couples (qui déclaraient être) infertiles en 1984. En 2012, ce taux était estimé entre 11 % et 16 %, ce qui représente une croissance spectaculaire de 100 à 200 % en vingt-huit ans.

De plus, il faut se rappeler que la stérilité peut toucher aussi bien l’homme que la femme. On sait par exemple que le nombre de spermatozoïdes chez les hommes a drastiquement chuté en cinquante ans. Un européen possède actuellement en moyenne 60 millions de spermatozoïdes par millilitre contre près de 90 millions/millilitre en 1973. (…) Si l’évolution continue à ce rythme, dans quelques décennies l’humanité ne pourra plus avoir d’enfants naturellement.

Parmi les autres facteurs :

  • La hausse du stress et des conditions de vie précaires, qui ont un impact psychologique négatif sur le couple ;
  • L’usage de la contraception hormonale, qui ralentit la remise en route du système reproductif de la femme quand elle arrête la pilule après une longue période ;
  • La présence de perturbateurs endocriniens dans l’environnement ;
  • La présence de pesticides dans l’alimentation.

Phare FM : Si un couple est stérile, c’est quand même légitime pour lui d’essayer d’avoir un enfant par procréation médicalement assistée ?

Chroniqueur : Déjà dans les années 70, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) avait fixé à 2 ans le délai nécessaire avant de poser le diagnostic d’infertilité. Sans raison évidente, ce délai a été ramené à 1 an. Pourtant environ la moitié des couples en échec de conception au bout d’un an y arriveront au cours de la deuxième année.

Ce que les chercheurs hollandais dénoncent, c’est la rapidité avec laquelle le diagnostic d’infertilité est posé, et surtout les motivations mercantiles qui peuvent soutenir certains diagnostics trop rapides. Il faut également rappeler que par rapport à une grossesse naturelle, la FIV n’est pas sans risques. Ni pour la mère, qui est plus exposée aux complications comme le diabète gestationnel ou la pré-éclampsie, ni pour l’enfant, dont les risques de prématurité, de petit poids de naissance et de certaines malformations congénitales sont accrus.

Phare FM : En parlant de motivations mercantiles… Ca coûte cher, la procréation médicalement assistée, Daniel !

Chroniqueur : Un cycle de Procréation Médicale Assistée coûte en France 4 100 €, sachant que le taux d’échec est de 83 % à la première tentative (1er cycle). En moyenne, il faut compter 10 000 € par naissance effective, à comparer avec les 2,9 milliards d’êtres humains qui vivent avec moins de 2 dollars par jour et les 50 à 60 millions d’avortements annuels dans le monde. En cas de crise financière ou économique majeure, et de recul des systèmes de couverture maladie dans les pays « riches », la procréation médicalement assistée deviendrait un luxe que très peu pourraient se permettre. Des chiffres qui devraient nous amener à réfléchir sur notre gestion du plus beau cadeau que Dieu nous a donné, celui de donner la vie, et peut-être de revenir aussi dans ce domaine à une approche plus respectueuse de la nature. Car voyez-vous Sandrine, j’ai la faiblesse de croire que Dieu avait prévu les choses dès le commencement, sans le planning familial, et sans toutes les techniques modernes qui petit à petit nous enferment.