Grain de Poivre du 17 mai – Frank Lafferrière – Les starlettes sont de retour

Notre chroniqueur nous parle féminisme, exploitation malsaine du corps de la femme, et concours de beauté débilitants… Tout cela en réaction à une décision récente du Festival de Cannes ! Explications.

 

Phare FM : Cette année, à Cannes il y aura une élection qui semble vous contrarier, Frank, de quoi s’agit-il ?

Chroniqueur : En effet ! Pour les soixante dix ans, du festival de Cannes,  se réinstaure une tradition oubliée depuis trente ans, l’élection de Miss Festival. Et à mon avis, ça ne sera pas bon pour l’image.

Phare FM : Une miss de plus ou de moins nuirait à l’image ?

Chroniqueur : Oui, car ce qui différencie cette élection des miss régionales, nationale,internationales ou galactiques, qui se veulent ambassadrices « esthético-culturelles », c’est l’aspect expo/vente pour aspirantes star. Revenons un peu en arrière. En 1954, Simone Silva, actrice britannique élue Miss Festival, défraya la chronique en enlevant le haut lors d’une séance photo à côté de  l’acteur américain Robert Mitchum, ouvrant ainsi l’ère des starlettes plus ou moins vêtues de l’histoire des miss de Cannes.

Curieusement, je n’ai entendu ni le MLF, ni les « chiennes de garde » et autres « fémènes » s’insurger contre ce qui pourrait être comparé à un  comice agricole pour hominidés femelles dont la plastique, jugée par de vieilles badernes cacochymes en mal de fantasmes, sera élevée au rang d’image de référence pour la gent féminine.

On pourrait d’ailleurs prévoir la création de « chiens de garde » car il y aurait aussi l’élection d’ un « Mister festival », avec défilés en costume et en maillots de bain devant un jury  touché tant par la ménopause que par l’andropause, loi de parité oblige. Du coup j’oscille entre contrariété et désolation.

Phare FM : Encore une nouvelle occasion d’exploiter l’image de la femme ?

Chroniqueur : Oui tout à fait. Le problème n’est pas l’image du corps, car le corps et son image ont toujours été présent dans l’art. C’est  bien son exploitation.

J’ai toujours considéré que l’excès de pudeur, était tout aussi nocif que son inverse dans le sens où les deux  dévoyaient le rapport naturel au  corps qui  n’est déjà pas simple.

Entre l’Europe du sud (latine et plutôt pudibonde) et celle du nord (germanique et plus naturelle) on ne peut que constater le gouffre qui existe dans l’appréciation inconsciente et collective de ce rapport au corps. Là, c’est l’ utilisation de l’image du corps pour se vendre ou pour faire vendre qui nuit à l’image de la femme et par voie de fait, à celle du genre humain.

Phare FM : Mais ce n’est pas nouveau ça !

Chroniqueur : En effet,  du fameux et hypocrite « Cachez ce sein que je ne saurais voir ! » du Tartuffe de Molière , aux grands déballages de chair post révolution sexuelle, on est passé d’une morale culpabilisante et castratrice, fondée sur des détournements de textes bibliques par des religieux plus avides de pouvoir sur leurs fidèles que concernés par leur salut, à son antithèse totale induisant par l’exploitation de l’image du corps, un problème  à double détente :

  1. il y a formatage des corps de la femme et de l’homme et imposition de canons hors desquels il n’est point de beauté ; or la beauté ne réside pas plus dans l’esthétique discutable des mannequins anorexiques cocaïnomanes que dans le « 90/60/90 » qui précédait, et qui revient.  (Allez donc trouver à vous habiller dans ces conditions!)  La vraie beauté est intérieure, dit-on, en attendant,  nombre de gens regrettent de n’être point réversible.
  2. Les conséquences de ce formatage sont importantes, voire dramatiques quand pour répondre à ces canons, on tombe de régimes en soins pseudo esthétiques quand cela ne finit pas dans l’anorexie de certaines jeune femmes. Au Brésil, ce sont même des collégiennes qui se font refaire chirurgicalement, cuisse poitrine ou fesses. A 15 ans, alors que leur croissance n’est pas terminée ! Par contre, c’est très lucratif tout ça !

Phare FM : Il me semblait que des lois avaient été votées sur ces questions ?

Chroniqueur : Vous avez raison, et visiblement elles ne sont pas universellement appliquées.

Ce formatage,  réduit la personne au stade du « paraître ». A l’instar des starlettes bodybuildées qui se font remarquer dans l’espoir de passer à l’écran, les gens se soumettent à la dictature de l’apparence morphologiquement correcte pour un job, une promotion, trouver l’âme sœur etc…

Plus dramatique conséquence de cette course au paraître, elle empêche d’être et fait qu’en cédant à la norme imposée on ne s’aime plus comme on est. Du désamour de soi à la honte ou même la haine de soi, je vous laisse imaginer le retentissement psychologique sur soi et l’entourage ! Dans la bible, Jésus dit :  « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Comment aimer quand on ne s’aime pas ? 

Pour avoir  eu la chance de l’étudier, je trouve que le corps humain, masculin ou féminin, outre son côté merveilleux  biologiquement parlant, est une beauté esthétique qui raconte autant d’histoires qu’il y  a d’individus. De grâce, ne détériorons plus nos histoires, vivons sainement hors de l’uniformité.