Grain de Poivre du 20 mars – Philippe Malidor – Que penser de la clause Molière ?

Philippe Malidor nous parle de cette récente clause Molière, obligeant les ouvriers à parler français sur les chantiers. Qu’en penser ?

 

Phare FM : Philippe, vous voulez nous parler ce matin de la Clause Molière, qui est l’obligation imposée par certains présidents de région de parler français sur les chantiers.

Chroniqueur : Vous savez qu’il y a beaucoup de « travailleurs détachés » sur les chantiers, c’est-à-dire des ouvriers venus d’autres pays d’Europe, mais aussi d’Afrique, du Sri Lanka ou d’ailleurs, et qui ne parlent pas un mot de français à leur arrivée en France. On avait protesté contre le dumping social que l’embauche de ces travailleurs sous-payés faisait peser sur la société, et maintenant, on hurle au protectionnisme parce que certains demandent qu’on sache parler le français pour travailler sur des chantiers en France.

Phare FM : Ce sont seulement des élus de droite qui ont demandé l’application de cette clause Philippe…?

Chroniqueur : Oui, et que le Front National trouve qu’on devrait aller encore plus loin ! Mais voilà, c’est typiquement le débat faussé à la française, où la langue de Molière ne sert même pas à s’exprimer clairement. « Ce sont des mesures racistes, discriminatoires et inapplicables », estime-t-on à Bercy ! Mais ces bonnes âmes qui s’indignent ont-elles déjà travaillé avec quelqu’un, par exemple ne serait-ce qu’à démonter et remonter une voiture ? Ont-elles imaginé comment il serait possible de se comprendre mutuellement avec quelqu’un qui ne parle pas la même langue, et qui va vous passer une clef de 10 alors que vous lui avez demandé de bien fermer une vis de purge ?

Phare FM : Ca revient à supprimer toute arrivée de main d’œuvre non francophone en France ?

Chroniqueur : Pas forcément. Le préfet Didier Leschi propose qu’on laisse 3 mois aux ouvriers pour apprendre un minimum de français. Il suffirait que les inspecteurs du Travail vérifient tout cela. Et puis, est-il illégitime de défendre la langue française en France ? Allons jeter un coup d’oreille dans les milieux huppés. Par exemple, Geneviève Fioraso, quand elle était Secrétaire d’État chargée de l’Enseignement supérieur, avait autorisé quelques enseignements en anglais sur le territoire français. « Or, affirme Jean-Pierre Chevènement, j’apprends que 60 % des enseignements dispensés par Sciences Po le sont en anglais, pourcentage confirmé par les différents professeurs que j’ai interrogés. » C’est inadmissible ! Et Jean-Luc Mélenchon déplore que le français capitule devant l’anglais même là où il a le statut officiel de langue internationale ! Il n’est pas étonnant que ce soient les Africains francophones qui soient les meilleurs défenseurs de la francophonie !

Phare FM : Vous vouliez aussi nous parler de la tour de Babel. Quel rapport ?

Chroniqueur : Oui : dans la Bible, vous vous rappelez peut-être ce qui a fait échouer la construction de la tour de Babel ? Dieu avait brouillé les langues entre les ouvriers ; et du coup, les travaux se sont automatiquement arrêtés puisqu’on ne se comprenait plus. Au-delà de la notion de chantier proprement dite, je trouve que la France est devenue une sorte de tour de Babel, dans laquelle on nous brouille l’écoute, et où les mêmes mots ne sont pas compris pareillement par tout le monde. On le voit très bien dans cette histoire de Clause Molière où on s’étripe sur des histoires de gauche et de droite au lieu de discuter sur le fond. Tout ça devient exaspérant et fait complètement le miel des partis extrémistes.