Grain de Poivre du 16 mars – Eric Lemaitre – Un autre modèle économique

« Notre civilisation humaine est malade, elle est menacée d’un péril grave en raison de la surexploitation chronique des ressources de la terre. ». Est-il possible de changer notre modèle économique, et comment faire ? On en parle avec Eric Lemaitre !

 

Phare FM : Depuis des décennies, il semblerait que l’industrie n’ait hélas que trop contribué à fragiliser la biodiversité, à épuiser les ressources du sol, à dérégler les climats, à dévaster les grands équilibres de la planète. Éric, vous êtes notre chroniqueur ce matin, vous partagez ce constat…

Chroniqueur : Oui, en effet Sandrine, il serait tout à fait sot de ne pas le partager.  Notre civilisation humaine est malade, elle est menacée d’un péril grave en raison de la surexploitation chronique des ressources de la terre. Plusieurs chercheurs de différentes grandes universités américaines ont fait ce diagnostic alarmant : « la demande de l’humanité en ressources écologiques exigerait une fois et demie la capacité de la Terre pour être satisfaite » or nous ne sommes pas loin d’avoir atteint les limites en termes de ressources en nourritures et en eau.   

Phare FM : Est-ce que c’est sans espoir ? Est-ce qu’on va vers cette catastrophe annoncée, c’est-à-dire la disparition ou la fin de l’humanité comme il y a plusieurs millénaires la fin des dinosaures ?

Chroniqueur : C’est inéluctable, d’autant que certains mettent une confiance absolue dans la technologie. S’il est vrai que la technologie a augmenté l’efficacité pour produire mieux et plus, paradoxalement la même technologie n’est pas en mesure d’éviter l’échéance d’une catastrophe. Nous avons créé un modèle technologique fondé sur le progrès, mais c’est une technologie énergivore, orientée sur la surconsommation dépensière. C’est cette surconsommation qui aggrave les grands équilibres qui touchent la biodiversité, qui épuisent la terre.  Sandrine, oui nous avons adulé la société de confort et nous avons chéri son confort, mais l’obtention de confort s’est faite au prix de dégâts toujours plus croissants sur les écosystèmes de la planète.  

Phare FM : Dans votre propos, vous semblez dénoncer et remettre en cause un certain modèle économique, celui fondé sur l’hyperconsommation. Est-ce qu’il existe un autre modèle économique qui permettrait d’empêcher les catastrophes annoncées ?

Chroniqueur : Oui Sandrine, d’ailleurs je vous invite absolument à voir le film “Demain”, qui est parti de ce diagnostic que nous avons souligné dans notre précédent propos. Mais ce film dit que dénoncer n’est pas suffisant, il faut aujourd’hui retrousser nos manches et investir dans de nouvelles solutions, qui réconcilient par ailleurs l’écologie humaine qui crée du lien et l’écologie qui protège les ressources naturelles.

Phare FM : vous pouvez nous donner des exemples ?

Chroniqueur : Oui, des exemples qui nous viennent de Détroit aux Etats-Unis, de Todmorden en Angleterre et de France… A Detroit, des hommes et des femmes ont investi des friches industrielles pour cultiver la terre et ont inventé des mini fermes urbaines. Ces hommes et ces femmes ont ainsi démontré qu’en rapprochant les ressources nourritures dans les villes, ils réduisaient la consommation de C02. A Todmorden, en Angleterre, est né le mouvement des Incroyables Comestibles : des habitants ont transformé des rues en massifs potagers, ils y ont fait pousser partout dans la ville des jardinières de légumes, des poireaux, des concombres, des radis, pour rendre la nourriture gratuite et accessible à tous. En France, des agriculteurs ont expérimenté une culture sans pesticides et sans mécanisation outrancière qui démontre une rentabilité qui passionne les chercheurs de l’INRA. Ils ont inventé un modèle qui serait de nature à répondre aux besoins de l’humanité, si l’expérimentation de ces mini fermes s’étendait aussi à l’Afrique. Vous voyez Sandrine, il est important de réfléchir à un autre modèle économique qui serait un vrai grain de sel pour toute l’humanité, si elle cessait de croire aux lubies d’un progrès technologique sans conscience !