Grain de Poivre du 14 février – Guillaume Bourin – Émeutes des banlieues : un problème plus profond

Suite aux récentes émeutes en France suite à l’affaire Théo, Guillaume Bourin réagit et aborde ce qui est, selon lui, le fond du problème des cités en Europe.

 

Phare FM : Guillaume, on parle du problème des émeutes en banlieue ce matin, et vous vous inquiétez de l’ampleur des incidents survenus à la suite de « l’affaire Théo »…

Chroniqueur : Oui en effet, la Seine Saint-Denis, ce département français regroupant des banlieues au nord et à l’est de Paris, s’embrase à nouveau, et certains agitent déjà le spectre des émeutes de 2005. C’est la fameuse « crise des banlieues », un phénomène malheureusement expérimenté dans toute l’Europe. En voyant l’ampleur croissante de certains incidents en réaction à l’affaire Théo, du nom de cette jeune victime de violences policières, on ne peut qu’être frappé des similitudes avec les émeutes consécutives à la mort de Zyed et Bouna, en particulier lorsque l’on considère le fait qu’elles s’étendent géographiquement.

Phare FM : On a l’impression que c’est toujours le même engrenage qui s’enclenche Guillaume, que c’est sans fin…Pourquoi ?

Chroniqueur : Chacun y va sa petite explication, Sandrine, mais il semble que personne n’ait de solution concrète face à la « crise des banlieues ». Et pourtant, il faut reconnaître que depuis 40 ans maintenant, certains ont tenté de prendre le problème à bras le corps, mais la situation générale ne semble pas réellement évoluer.

Pire, à titre personnel, je suis frappé par la dégradation des relations entre pouvoirs publics et jeunes de banlieue. Lors des fameuses « émeutes des Minguettes », à Vénissieux en 1981, c’était un prêtre, le père Christian Delorme, qui se faisait avocat et médiateur des jeunes émeutiers. Mais lors des incidents de Bobigny, samedi dernier, c’est un chanteur de rap bien connu qui tentait sans succès de calmer la foule. Paradoxalement, ce rappeur aime à s’afficher avec des armes à feu, relaie sans ambiguïté des appels à la violence, et a lui-même été à l’origine d’une émeute à Trappes le 7 janvier dernier lors d’un tournage d’un clip appelé de manière tristement prophétique : « Ma cité a craqué ».

Le sentiment général est celui d’un cercle vicieux, d’une chute dans le vide dont on ne voit toujours pas la fin. Et pour citer la phrase finale du film emblématique « La Haine », de Matthieu Kassowitz, « le plus dur n’est pas la chute, c’est l’atterrissage. »

Phare FM : Vous semblez pessimiste…

Chroniqueur : Pourtant non ! Je garde espoir ! Et si je garde espoir, c’est parce que le fond du problème n’a pas réellement été abordé. Les émeutes de banlieue ne sont pas simplement le produit de l’enclavement de certains quartiers, de l’absence de gymnases ou même de vie associative. Oui, ces choses sont importantes, mais elles restent cantonnées à la surface. Le fond du problème est moral, et il ne se limite pas aux banlieues : c’est une problématique de société, et nous sommes tous concernés.

Blaise Pascal disait qu’à l’état naturel, chacun d’entre nous a en lui un vide infini, en forme de Dieu, que seul un Dieu infini saurait combler. Et les jeunes de banlieue ne font exception. Alors nous pouvons bien repeindre les bâtiments de la cité HLM de notre ville, cela n’apportera aucune réponse à ce vide sidéral, ce dramatique sentiment d’abandon et d’injustice qui les anime.
Au fond, ce malaise sociétal nous concerne tous. Car la réponse à la crise des banlieues est la même que celle à la crise de nos âmes : il faut que Dieu reprenne sa place. Et la question que je veux poser est : le laisserez-vous faire ?