Grain de Poivre du 30 janvier – Pascal Portoukalian – Pourquoi le « design chrétien » devrait-il être moche ?

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Grain de Poivre du 30 janvier – Pascal Portoukalian – Pourquoi le « design chrétien » devrait-il être moche ?
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Vous trouvez l’imagerie chrétienne un peu « old school » ? Sachez pourtant que de plus en plus d’initiatives artistiques intéressantes voient le jour dans ce domaine… Pascal Portoukalian est avec nous pour  en parler !

 

Phare FM : Pascal Portoukalian bonjour ! Votre expérience dans les milieux artistiques chrétiens vous laisse songeur… Et vous voulez nous en parler car c’est un vrai sujet.

Chroniqueur : Oui, j’ai décidé de m’attaquer à un sujet parfois clivant dans les églises, et je pose la question qui fâche : pourquoi le design chrétien doit-il être si moche, ou tout du moins, si démodé ?

Phare FM : Vous êtes dur quand même !

Chroniqueur : Oui, je suis un peu taquin. Laissez-moi vous expliquer : dans l’imagerie chrétienne habituelle, il y a les scènes qui évoquent une illustration biblique. Par exemple : un berger avec son troupeau, une gerbe de blé, ou une miche de pain posée sur la table. Quand on veut photographier l’innocence de l’enfant qui écoute Jésus, on va mettre en scène, ô surprise, un enfant tout sage et si possible très mignon que toutes les grand-mères rêveraient d’avoir. L’univers graphique qui entoure ces représentations est souvent le même que celui qu’on aurait pu trouver dans les années 50. L’environnement rural, pas très high-tech de la Bible y est certainement pour beaucoup. Et le manque de moyens souvent fait qu’on se contente de bricoler ce qu’on peut en bidouillant sur Photoshop, quand ce n’est pas sur Word ! Et tout ça, ça a fini par imprégner notre culture chrétienne.

Phare FM : Alors comment pourrait-on être plus audacieux en matière graphique, quand la matière première est plutôt « traditionnelle » ?

Chroniqueur : C’est un défi, mais c’est loin d’être insurmontable ! On voit des choses vraiment sympas qui émergent, heureusement. Dans mon activité, au cours des dernières années, j’ai vu plein de graphistes qui se sont mis à imaginer des choses plus contemporaines, et ils ne sont pas toujours suivis d’ailleurs. Mais c’est vrai qu’immanquablement, ce qu’on retrouve pour décorer des salles annexes des églises, ou des centres de vacances chrétiens, ce sont souvent ces mêmes posters avec des fleurs de mimosa ou des petits chats. Et personnellement, bien que j’aie moi-même des chats et que le mimosa soit un de mes parfums préférés, ces affiches-là, elles touchent peut-être certaines personnes, mais très clairement, elles en rebutent aussi beaucoup.

Phare FM : Est-ce que vous avez vu des initiatives intéressantes dans ce domaine ces derniers temps ?

Chroniqueur : Oui, plusieurs. Je ne vais en citer que deux. La première, c’est le beau travail que fait l’agence de communication Progressif Media. Je ne dis pas ça pour leur faire de la pub, mais c’est vrai que la qualité graphique de leurs réalisations, ces dernières années, a vraiment participé à rehausser le niveau moyen du visuel chrétien. C’est pour ça d’ailleurs que je les ai personnellement fait bosser. Et puis le deuxième, c’est la marque Iconova, que j’ai découvert il y a 3 mois et qui a sorti des cartes postales et des articles de papeterie qui sont objectivement beaux. Des choses qu’on n’a pas honte de montrer, d’afficher. C’est classe, c’est tendance, ça donne envie. Et puis il y a plein de graphistes indépendants qui s’installent et qui savent se tenir au fait de l’actualité et des évolutions graphiques. On commence à faire des choses qui témoignent d’un vrai bon goût et d’un vrai ancrage dans le temps présent. Et il faut accepter l’idée que ce qui est beau et ce qu’on aime aujourd’hui sera dépassé demain.

Phare FM : Pourquoi faudrait-il faire des choses « modernes » ?

Chroniqueur : Autant certaines œuvres sont intemporelles : elles plaisaient hier, elles plairont encore demain. Autant d’autres nécessitent de se tenir à la page. J’estime qu’on ne peut pas avoir un impact optimum si on utilise les mêmes codes graphiques qu’en 1980, ou même qu’en 2000 ou 2010. Dans une ère où tout change très vite, on est condamnés à s’adapter, ou sinon à ne plus être compris. Entendons-nous bien. On ne parle que de forme, pas de fond. Le fond, le message qui est transmis était actuel il y a 2000 ans, et il est encore actuel aujourd’hui, et le sera demain.

Phare FM : Cette tendance à l’amélioration, à la modernisation, est-ce qu’elle ne concerne que le visuel ?

Chroniqueur : Non bien sûr. Et vous êtes bien placés à la radio pour le savoir. Depuis pas mal d’années, je suis immergé dans l’univers de la musique qu’on appelle « musique chrétienne », et c’est vrai que le retard qui avait été accumulé au début s’est largement résorbé. On a de très bons artistes chrétiens aujourd’hui capables de rivaliser avec de très bons artistes séculiers. Alors si on a réussi à le faire pour la musique, on devrait y arriver pour le visuel aussi, non ?

Phare FM : C’est en effet ce qu’on souhaite ! Merci Pascal Portoukalian !