Grain de Poivre du 09 janvier – Philippe Malidor – Le retour des cathos

Que vous inspire l’étiquetage chrétien en politique ? Est-ce une bonne chose ? Philippe Malidor nous donne son avis, et il risque de vous surprendre !

 

Phare FM : Philippe, vous allez aujourd’hui évoquer l’électorat catholique, et cela en rapport avec la personne de François Fillon. On dirait que ça bouge de ce côté-là.

Chroniqueur : Eh bien, presque personne n’aurait misé un euro ni même un franc sur l’émergence de « Mr. Nobody » des primaires de la droite pour l’élection présidentielle. Par la suite, quand on analyse un peu, on s’aperçoit qu’un élément important de l’électorat qui l’a choisi, c’est le peuple catholique traditionnel, peut-être pas traditionaliste mais plutôt pratiquant, en tous cas identitaire.

Phare FM : Est-ce que c’est gênant, voire amusant ?

Chroniqueur : Ni l’un ni l’autre. et cela pour deux raisons : d’une part, il faut bien reconnaître que la France profonde avait subi un mépris quasi-total de la classe politique. Aujourd’hui, elle s’est fait entendre à travers le vote Fillon, avec ce mélange de valeurs peut-être pas toujours actuelles mais assez solides, notamment autour de la famille qui a été malmenée par le Mariage pour tous, et de la religion qui, dans les médias, est fortement monopolisée par l’islam. Donc, c’est l’expression de gens qui ne reconnaissaient plus leur pays et qui osent le dire, cette fois. Et la deuxième conséquence qui me semble positive, c’est que cette France –disons, de manière simpliste, gauloise et catho– va avoir un autre choix que le Front National pour faire entendre sa musique.

Phare FM : J’ai l’impression que ça vous fait plaisir à vous aussi.

Chroniqueur : Un peu, oui. Mais en fait, pas vraiment. Certes, je suis content qu’une certaine chrétienté retrouve sa fierté, mais je préférerais qu’elle soit davantage évangélique et moins sociologique (être chrétien, ça implique des choix de société). Ensuite, Fillon a une tendance à instrumentaliser sa foi d’une manière que je trouve très mal venue.

Phare FM : Il ferait de la pêche aux voix, d’après vous ?

Chroniqueur : Pour ne pas dire du racolage ! Il y a quelques jours, lors de sa visite à la communauté Emmaüs, il a dit que ses parents en avaient fondé une antenne dans la Sarthe. Mais le président d’Emmaüs, lui, n’apprécie pas du tout la politique sociale annoncée par l’ex-Premier Ministre de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité sociale et de logement, notamment.

Phare FM : Il semble donc que l’approche ait été ratée sur ce coup-là.

Chroniqueur : Oui, et M. Fillon l’a bien senti lorsque, un peu plus tard, sur TF1, il a cru bon d’afficher son étiquette de « gaulliste » et de « chrétien » pour assurer qu’il ne désintègrerait pas la Sécurité Sociale. Alors que tout le monde sauf lui-même a compris que c’est pourtant bien ce qu’il avait initialement annoncé.

Phare FM : Et pourquoi ne pourrait-il pas afficher ses convictions de « gaulliste » et de « chrétien » ?

Chroniqueur : D’abord, le gaullisme est une étiquette qu’on exploite quand on veut justifier une politique beaucoup moins sociale que ne le fut celle du Général. Ensuite, sur l’étiquette chrétienne, François Bayrou, qui est un catholique convaincu, a donné en matière de laïcité, le 4 janvier sur iTélé, une réponse excellente : « Je suis croyant, je ne vais pas m’offusquer d’un mouvement de foi. Mais comment peut-on arriver à mélanger la politique et la religion à ce point, de cette manière déplacée ? Le principe de la France, c’est qu’on ne mélange pas religion et politique. » Cela, Bayrou l’avait déjà fort bien développé dans son brûlot paru en 2009 : Abus de pouvoir.

Phare FM : Donc, l’étiquetage chrétien, ça ne vous rassure pas ?

Chroniqueur : Pas plus chez les politiques que chez les sportifs ! D’ailleurs, ce sont ceux qui en font le moins étalage qui sont souvent les plus probants. Porter le nom du Christ, surtout publiquement, c’est très exigeant, et ça ne doit pas servir d’argument pour gouverner.